Coups de cœur et lectures marquantes de 2019

Quelle année. Il se trouve que chaque année est quelle année, mais tout de même. Quelle année. Une année riche en émotions : réussir l’agrégation, déménager, des au revoirs, des nouveaux amis, une nouvelle région, broder, écrire, commencer à enseigner, et sans oublier de belles lectures.
Si vous avez loupé mes articles cette année vous avez de la veine, il n’y en a que deux à rattraper. Je ne reparlerai d’ailleurs pas des livres mentionné dans mon seul article livresque par soucis de concision, mais sachez qu’ils ont toute leur place ici. Alors ne changeons pas une équipe qui gagne et c’est parti !

J’ai aimé lire des choses variées cette année, et particulièrement concernant le genre, l’identité et tout simplement la construction de l’univers. Découvrir Effie Calvin a été une révélation de ce côté. La construction et l’écriture sont encore parfois maladroites, mais le souffle d’air frais concernant l’orientation sexuelle des personnages, et les rôles non assignés aux genres a été incroyable. Comme Calvin, Talia Hibbert a été une belle découverte dans le domaine de la romance variée, ne contenant pas de prédateurs, de consentement douteux et de tropes bons à enterrer. Les parties de jambes en l’air sont un peu trop nombreuses à mon gout, mais il faut avouer qu’elles sont bien écrites. Un des volumes m’a même fait réaliser des choses sur mon identité, après vint-neuf ans il était temps.

Gail Carriger avec son polar intergalactique et ses cinq genres m’a aussi encore une fois fait voyager et réfléchir. The 5th Gender était peut-être un peu trop sulfureux pour moi par moment, mais je ne regrette pas de l’avoir lu. Patricia Briggs ne rentre pas vraiment dans cette catégorie du changement, mais relire la série, et découvrir ce volume en début d’année m’a permis de décompresser et de m’évader avant les écrits du concours. J’espère qu’elle en écrira d’autres volumes.

Mon Maigret de l’année a été un très bon cru. Je me laisse toujours guider par mes trouvailles en braderies et librairies d’occasion pour cette tradition estivale, et ce volume m’a ravi. L’ambiance, l’enquête, tout était top. Il me tarde de savoir ce sur quoi je vais tomber en 2020. Qui dit tradition de l’été, dit tradition de l’hiver avec un polar cosy se passant sous le soleil d’Egypte. Mes retrouvailles avec Amelia Peabody ont été très plaisantes et sont tombées au moment parfait pour décompresser après ce premier trimestre. Cela tombe bien le premier volume était présent dans mon bilan 2018.

Autre lecture parfaite au moment où je l’ai découverte : Fille de rois de Pierre Maël. J’ai déniché ce bouquin dans une boite à livres, je n’en avais jamais entendu parler et il s’est trouvé être exactement ce que voulais pendant les vacances de la Toussaint. Un roman historique désuet du début du 20e contenant beaucoup de jouvenceaux, de brigands et de bons sentiments. En plus il est disponible en version numérique si vous êtes intrigué.e.
J’ai écouté pas mal de livres audios ces derniers mois, dont trois de Jane Austen. Je n’avais jamais découvert ces romans en anglais avant et ils ont été parfait pour m’accompagner dans mes nouveaux trajets en voiture. Définitivement Emma reste mon préféré, même si Mr Knightley n’est un peu plus mon gentleman de rêve. Un peu trop mansplainer pour moi malheureusement. Et en plus c’était gratuit, alors n’hésitez pas à découvrir Librivox.

Le retour en force des lectures graphiques de fin d’année m’a fait du bien. Je me suis replongée dans du Sherlock Holmes à cause d’un thème dédié que j’ai préparé pour l’une de mes classes et j’ai découvert l’adaptation BD de Enola Holmes. J’avais adoré les romans il y a quelques années et j’ai beaucoup aimé me replonger dans l’univers avec les magnifiques aquarelles de Serena Blasco. Dans la tête de Sherlock Holmes a été une belle découverte au CDI du collège, c’est non seulement très intriguant à lire, mais ça rentrait parfaitement dans ce que je voulais faire avec mes élèves.
Et pour finir, à ma grande surprise, j’ai absolument adoré ce premier volume de l’adaptation d’Ellana en BD. Je l’avais emprunté à la médiathèque sur un coup de tête et je me suis même retrouvée à l’adorer et à verser une petite larme. Cela m’a donné envie de relire du Boterro, en espérant ne pas être déçue.

Ce que passer l’agrégation d’anglais m’a appris.

J’ai passé l’agrégation l’année dernière. Je pensais que la première fois que j’en parlerai vraiment ici serait pour un article de conseils (on n’en trouve tout simplement pas de la part de lauréats et c’est agaçant), mais les circonstances m’ont fait changer d’avis.

La rengaine habituelle quand on passe l’agrégation est que cela vous prépare à passer l’agrégation mais pas à grand-chose de plus. Et en effet, à part une mini épreuve à l’orale (pour l’anglais en tout cas) on ne parle pas de pédagogie, de didactique ou d’enseignement. Le comble pour un concours de… l’enseignement. Cependant mes premiers pas dans le métier de prof m’ont fait me rendre compte de ce que cette année assez horrible m’a permis d’apprendre (hors des centaines de dates, des règles de phonologie obscures et du plat préféré d’Herman Melville) et dont je me sers au quotidien face aux élèves ou en préparation de cours.

La timidité.

J’ai toujours assez détesté passer à l’oral, mais à force de passer des colles (examens blancs) l’oral a commencé à devenir quelque chose de beaucoup moins effrayant. Passer les épreuves mêmes a agit comme un déclic pour moi. Me trouver devant un jury d’experts, à qui je pouvais présenter mon savoir que je savais assez sûr et par dessus tout réussir ces épreuves m’a fait passer un cap. Et c’est plutôt incroyable pour moi de réaliser qu’à présent parler devant des inconnus ne me fait presque plus ni chaud ni froid après 29 ans de timidité.

Cela a bien sûr une certaine utilité lorsqu’on doit faire cours à 30 élèves.

« Les femmes gauloises : épisode de l’invasion romaine », Auguste Glaize (1851) ou « Candidates avant une épreuve de l’oral de l’agrégation d’anglais. »

L’endurance.

Ce n’est pas un secret qu’il faut ingérer une quantité stupide d’informations pour passer le concours et qu’il faut passer de nombreuses heures à travailler. C’est cette année-là après tout que j’ai le moins lu de ma vie, que j’ai arrêté d’écrire des articles, que je n’ai pas pris de photos et que je ne suis presque pas sortie. Je n’avais pas été habituée à ce bachotage intense, n’ayant pas fait de prépa après le lycée. Cette charge de travail a eu des hauts et des bas, mais elle m’a permit de réaliser que je pouvais me pousser beaucoup plus que je ne le pensais.

A présent je me sers de cette endurance lors de la préparation de mes cours. On dit qu’une heure de cours demande au minimum une heure de préparation et cela n’est pas un mythe. Alors les soirs où après une journée de cours (ou de formation à l’INSPE, ex ESPE, ex IUFM, ex etc.) je sens que je peux plus rien faire, je sais que je peux encore prendre le temps de finaliser un cours, un Powerpoint ou une feuille d’activité.

La stratégie.

Pour réussir l’agrégation il faut avant tout comprendre les épreuves, leurs codes et la meilleure manière (la vôtre) de réviser. Quand on aime lire beaucoup de livres de la bibliographie d’un cours, ou se plonger dans des connaissances obscures d’une période, on tombe un peu des nues en prépa de concours. Il n’y a pas tout simplement pas le temps de faire cela pour chaque matière si l’on veut dormir et manger de temps en temps.

Il faut alors pouvoir distinguer ce qu’il est capital d’apprendre, ce sur quoi il faut passer du temps, et quand il est bon de se reposer avant d’imploser. Parce qu’on a beau vous le répéter avant et pendant le concours, se reposer, ne rien faire est capital si l’on ne veut pas craquer et gâcher des mois de préparation. Cette habitude d’aller au plus efficace, de faire confiance à sa méthode de travail (même si elle diffère des autres) est très utile quand on se retrouve soudainement à préparer des cours pour des élèves. Il faut apprendre tout ce à quoi à l’agreg ne nous prépare pas (le jargon nébuleux de l’EN, les techniques brevetées éthiques et responsables pour préparer des cours, etc.), jongler avec le choc d’enseigner en pleine responsabilité, et celui d’être mutée aux quatre coins de la France sans péter un câble. Et pour le moment (après deux longs mois) cela semble fonctionner.

« Sur le banc, dit aussi Jeune fille dans un parc », Berthe Morisot (1888-93) ou « Maintenant je suis le calme personnifié en toutes circonstances. »

La confiance en soi.

De la même manière que la timidité, le stress que je ressentais presque constamment pendant mes études s’est presque évaporé.

J’ai passé deux ans de master à me dire que je ne réussirai jamais à écrire un mémoire et à faire une soutenance. J’ai écrit deux mémoires, passé une soutenance, eu un master. J’ai ensuite passé six mois à me dire que je ne serais de toute façon pas prise aux oraux de l’agreg. J’ai été prise aux oraux. J’ai finalement passé trois mois à me dire que je ne réussirai pas les oraux. J’ai réussi les oraux. Je n’écris pas cela histoire de me dresser un panégyrique, mais l’enchaînement de ces fortes périodes de stress et de ces descentes radicales une fois le résultat positif obtenu m’ont bien fait réfléchir. J’ai été en colère contre moi-même d’avoir pollué énormément de mon temps par ce manque de confiance en moi. Au lieu de concentrer mes forces sur les révisions, je m’éparpillais en doutes.

De plus mes rengaines favorites à coup de « de toute façon je suis bête », ou « s’ils m’ont donné mon master c’est parce que les profs ont eu un peu pitié de moi » n’ont soudain plus eu lieux d’être. Le jury de l’agrégation se fiche bien de qui vous êtes. S’il y a un concours où vous savez qu’on ne vous ne le donnera pas pour vos beaux yeux, c’est bien celui-là. De m’être présentée au concours, et d’avoir réussi chaque étape a eu un effet éclair. Quand je me refusais à accepter réellement des compliments sur la réussite d’un master, soudain j’étais fière de dire que j’avais eu l’agrégation. Ce n’était pas un hasard, une erreur ou de la gentillesse. Je méritais mes résultats et ma place.

La valeur de l’agrégation.

Et pour finir, passer l’agrégation vous fait vous rendre compte que ce concours « prestigieux » n’est pas la panacée. Je ne pensais déjà pas qu’il s’agissait d’une couronne de laurier et que cela séparait les lauréats du commun des mortels, mais le passer, voir que cela ne préparait finalement pas (vraiment) à l’enseignement ou ne prouvait pas la supériorité de votre esprit critique m’a conforté dans mes idées.

Alors si à présent je peux parler en public sans une peur terrible, ou accepter des compliments sur mes réussites, ce n’est pas parce que je me sens si brillamment supérieure à tou.tes, c’est parce que cette année particulière m’a fait réaliser des trucs sur moi, débloquer des trucs bien relou et grandir un peu enfin.

Je ne vous conseille pas de passer l’agrégation pour avoir des révélations sur vous-même, mais simplement de considérer qu’il y a toujours des choses à apprendre, même des expériences les plus curieuses ou rébarbatives qui soient.

Alors futur.es agrégé.es que la force soit avec vous, ça va aller.

Ahoj (si vous êtes un pirate anglais, ou quelqu’un parlant tchèque)

Cela faisait un moment, non ? Figurez-vous que je passais l’agrégation d’anglais cette année. C’était cela « (l’horrible) aventure » dont je parlais dans mon bilan de fin d’année. Et par la grâce de mes neurones et des dizaines et des dizaines d’heures de révisions, je suis à présent agrégée. Autant dire que ces derniers mois avant les épreuves orales je n’ai pas beaucoup lu. Enfin j’ai lu un peu, mais rien de mémorable. Voici cependant quatre de ces lectures, dont une post-concours, qui elles m’ont beaucoup plu. Tout ce que je vous présente a été traduit.

• An Elegy for Easterly, Petina Gappah (2009). Il y a un recueil du même nom, mais ici il s’agit d’une nouvelle qui en est extraite et publiée séparément. Je n’avais jamais entendu parler de l’autrice, mais j’étais bien curieuse de découvrir quelque chose du Zimbabwe et c’est une réussite. J’ai aimé pénétrer dans l’univers de l’autrice pour quelques pages et j’ai déjà mis le recueil complet dans ma liste de souhaits (cela semble avoir été traduit sous le titre Les Racines déchirées, histoires).

• The History of Mary Prince (1831). L’une des matières que je devais préparer pour l’oral était de la civilisation américaine sur le militantisme antiesclavagiste au 19e siècle aux Etats-Unis. Même si ce titre ne rentrait pas vraiment dans la matière, puisque cela concerne une ancienne esclave des colonies britanniques, j’avais envie d’avoir le point de vue d’une femme ayant vécu dans les colonies tropicales. Comme prévu c’est très dur à lire, mais aussi très instructif. Je le recommanderais à quiconque veut en apprendre plus sur l’histoire de l’esclavage et des femmes (la traduction).

• Educated, Tara Westover (2018). Il s’agit des mémoires d’une jeune femme ayant grandi dans une famille influencée par les croyances survivalistes et religieuses de son père. Westover nous raconte son enfance, la façon dont elle a cherché à s’émanciper et comment elle a appris à apprendre. J’ai trouvé l’écriture incroyablement prenante, poétique et imagée. Pour un premier livre c’est assez bluffant (la traduction).

Et pour finir ma lecture post-concours, mon Maigret de l’été, toujours acheté d’occasion comme la tradition le veut.

La première enquête de Maigret, Simenon (1948). Et c’est un très bon cru cette année. J’ai retrouvé avec délectation la plume de Simenon. Cela peut sembler étrange à dire et à lire puisque en général si l’on parle de Simenon ce n’est pas son écriture que l’on loue, mais vraiment c’est assez remarquable. Il est capable en quelques phrases de poser une situation, des personnages, sans que rien ne semble manquer. Il sait aussi arranger les mots d’un manière qui les rends curieux et nouveaux sans pour autant qu’on ait l’impression qu’il ait rien fait d’extraordinaire. L’enquête est aussi très bonne et je me demande ce que le hasard des choses me fera choisir l’année prochaine.

Bon été à tou.tes !