You see but you don’t observe.

Deux billets livresques de suite en moins d’un mois ! C’est presque comme au bon vieux temps dites-moi donc (on voit que je suis vraiment en vacances en été cette année).
Suite à ma lecture des Lunes de sang, j’avais bien envie de voir ce que donnait Holmes en langue originale et en relecture. Il me semble que j’ai lu tout le canon (l’ensemble des 4 romans et 56 nouvelles de Holmes) au fil des ans, mais je n’avais jamais relu en anglais ces aventures que j’avais découvertes enfant.

J’ai commencé par les nouvelles rassemblées dans cette anthologie de la collection Peguin English Library ; les nouvelles présentes ont été sorties de leur recueils respectifs et le manque de cohérence que cela engendre est un peu embêtant. Cependant sont présentes certaines des nouvelles que je préférais quand j’avais huit ans : La ligue des rouquinsLe rituel des Musgrave, etc. Redécouvrir ces aventures avec un regard nouveau était intéressant : j’ai développé de nouvelles préférences pour des histoires qui n’étaient pas mes favorites par le passé, j’ai observé la façon dont Conan Doyle faisait évoluer ses personnages, mettait en scène ses intrigues et j’ai aussi beaucoup étudié l’écriture. Découvrir Holmes sans « filtre » après toutes ces années m’a apporté une autre image des histoires, j’ai appris pleins de nouveaux mots et la victorianiste en moi a été ravie de cette description de Londres, des manières et du langage des personnages.
Comme je m’y attendais, la relation Holmes-Watson ne me convint pas plus avec une relecture que dans mes souvenirs. Je la trouve artificielle et disproportionnée ; en fait Watson joue le rôle récurrent du narrateur un peu absent de l’action des romans victoriens, et si on ne s’attend à rien d’autre, cela est tout à fait satisfaisant, cependant si l’on souhaite un personnage au rôle crédible, ce n’est pas trop le cas à mon avis.
J’ai été charmée par l’atmosphère londonienne mise en place, et (presque toutes) les intrigues. C’est de toute façon très plaisant à lire, mais mes histoires préférées ont été celles où Watson ne vomissait pas son admiration pour Holmes à chaque trois phrases. On voit bien par ce procédé que Conan Doyle cherche à bâtir et consolider la légende de son personnage en montrant l’effet de ses méthodes sur un personnage admiratif qui ne voit pas du premier coup d’œil ce qui a permis de résoudre l’enquête (quitte à être particulièrement obtus). En fait l’impression que la raison derrière l’existence d’un grand nombres d’éléments (stylistiques, narratifs, etc.) est la façon dont ils pourraient promouvoir Holmes et accroître le nombre de ses lecteurs m’a semblé beaucoup trop importante. Au lieu de nous raconter une histoire, Conan Doyle semble utiliser tout ce qu’il peut pour dire : « hé regardez comme ce type est intelligent, alors lisez-moi, lisez-moi ! »

Finalement j’ai trouvé A study in Scarlet (Une étude en rouge) beaucoup plus intéressante à lire que certaines des nouvelles que j’adorais autrefois. Voir comment Conan Doyle introduit ses personnages fars pour la première fois est particulièrement intéressant. Ayant lu les nouvelles avant, j’ai pu voir l’évolution de Holmes, et réfléchir à ce que Doyle cherchait à faire. J’ai aussi aimé remarquer les différences d’ambiance, et d’évolution de la société dans ce roman se déroulant, et ayant été écrit, quinze ans avant certaines nouvelles. En fait le roman est plutôt passionnant jusqu’à la célèbre coupure qui nous plonge pour presque autant de pages que l’enquête, dans la genèse du crime dans le Far West américain. C’était un procédé courant dans les romans victoriens, mais cela déséquilibre un tantinet le récit. Par contre j’ai beaucoup aimé observer la façon dont Conan Doyle joue avec les règles d’un récit de cowboy. Clairement il sait ce qui se fait dans le genre, et joue avec les codes. Ce n’est donc pas très original, et les descriptions des contrées sauvages sont un poil longues, mais permet de voir comment Doyle cherche à utiliser un genre très populaire pour compléter son récit policier.

Si j’en ressors de ces lectures un peu mitigée, je ne pense pas que ce soit un problème. Ne pas avoir aimé tout ce qui compose un récit est finalement plutôt normal. Et j’ai suffisamment apprécié de récolter de nouveaux mots, de nouvelles impressions de lectures (notamment avec The Adventure of the Priory School et The Musgrave Ritual) et de nouvelles perspectives sur ces histoires pour ne pas regretter ma lecture et avoir envie de relire d’autres aventures de Holmes.

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Holmes dans la lune

Les lunes des sang La lune noire, Anaïs Cros – 2006 – 2011.

Cela faisait des années que je n’avais pas lu de pastiche holmésien (roman inspiré des aventures de Sherlock Holmes) ; je pense que j’en avais fait une petite overdose à un moment donné. Ce pastiche m’avait tapé dans l’oeil chez Méloë il y a plusieurs années, et puis je n’avais pas tenté jusqu’à ce mois de mai (où j’ai re-regardé toutes les saisons d’Elementary). Ici l’histoire de Holmes et Watson est transposée dans une contrée inconnue, royaume de fantasy où elfes, humains, lunaires et lutins vivent ensemble. Evrahl (Watson) est un guerrier nain venu construire une nouvelle vie (et peut être même fomenter un complot) après la guerre des vingt lunes, et son nouveau colocataire Listak (Holmes), mystérieux agent de la couronne de Mortelune semble lui cacher bien des secrets…

Le début de ma lecture a été assez époustouflant. J’étais bluffée par l’écriture de Cros, la narration d’Evrahl, la construction de son univers et la transposition assez géniale de la mythologie Holmésienne. Une réflexion récente de Sita m’a fait réaliser ce qui m’avait autant plu : l’autrice ne se contente pas de mettre Watson dans la peau d’un nain et Holmes dans celle d’un demi-elfe mystérieux. Elle campe les personnages, leur donne un vécu et explore la façon dont leur vie dans cet univers de fantasy est modifiée. Et elle construit tout autour d’eux un univers riche et différent, qui est imprégné de références holmésiennes, mais qui ne tombent pas comme un cheveux sur la soupe.
La tension des Lunes de Sang est très bien réussie ; on guette sans arrêt le moment où les intentions d’Evrahl seront dévoilés, si son amitié avec Listak en souffrira, et on veut savoir si le complot réussira. Je disais donc que les quelques premières centaines de pages ont été bien chouettes. Je me demandais même comment cette lecture ne pourrait pas être un coup de cœur, la réponse : en finissant le bouquin.
En lisant ce pastiche j’ai découvert à quel point le personnage de Watson tel qu’il est dépeint ici, et dans les oeuvres de Conan Doyle, m’insupporte. Il est n’est pas bien vif d’esprit, légèrement misogyne, et puisque Listak/Holmes est de toute évidence plutôt intelligent, il décide de tout simplement ne plus penser et de laisser ce boulot à Listak. Leur duo semble alors d’autant plus incongru. Evrahl/Watson n’apporte rien à Holmes/Listak en l’accompagnant lors de ses enquêtes, si ce n’est le maniement de la hache et une écoute (trop) pleine de révérence et de ce fait légèrement écœurante. On a compris que tu le kiffait pépère maintenant va fumer ta pipe ou dormir ou manger (des événements chroniqués très régulièrement).

L’intrigue de ce premier volume était tout de même assez rondement menée pour avoir envie de terminer le volume et enchaîner avec la suite (la version numérique que j’avais achetée étant faite d’une telle façon que je n’avais pas compris que La lune noire était en fait un autre volume et pas simplement une partie des Lunes de sang). Clairement je n’aurait pas dû la lire aussitôt après le volume précédent au vu des choses qui m’avaient enquiquiné. Les points positifs déjà relevés s’appliquent toujours, mais d’autres points négatifs sont venus s’ajouter aux précédents. Le même ressort d’intrigue que pour le premier volume est utilisé pour créer la tension du bouquin, et si la première fois cela avait bien fonctionné, là j’ai trouvé cela trop téléphoné et d’une évidence incroyable. Même si j’avoue que la révélation et ses implications étaient tout de même émouvante et fonctionnaient bien avec l’évolution du personnage de Holmes. Je ne suis pas non plus une grande fan des grands méchants psychopathes et des allers et retours entre : allez on va le tuer, oh zut il s’est échappé et rebelote le lendemain.

Il y aurait d’autres choses à relever, mais cela est suffisant je pense pour se faire une idée de ce que j’en ai pensé (cela m’a même demandé deux pages dans mon carnet de lecture !). Lire le troisième volume n’est pas hors de question, mais pas tout de suite c’est certain. Peut-être que ça t’intéressera Cécile.

I’ve lost my toy scalpel

• Killjoys, space opera, dispo Netflix (trois saisons, 10 épisodes chacunes).
Après avoir revu Firefly je me sentais toujours d’humeur spatiale et j’ai enfin tenté cette série qui me semblait être un peu kitsch, Syfy fait des trucs un peu louches des fois. Les premiers épisodes correspondaient bien à cette impression, ficelles narratives un peu grossières, l’héroïne type super sexy, super badass et en même temps avec un sombre passé. Mais au fur et à mesure, les personnages secondaires aidant, l’humour, la diversité, les femmes qui ont des rôles variés et l’action m’ont fait changer d’avis. J’ai regardé avec plaisir les deux premières saisons (qui auraient pu se suffire quand même), et je regarderais la suite.
A retenir : c’est plus intéressant et moins kitsch que ça n’en a l’air. Chasseurs de primes dans l’espace, mystérieuse conspiration et (très) joli.es garçons et filles.

♡ The Good Doctor, médical & autisme (une saison, 18 épisodes, renouvelée).
Les prémices : un jeune interne en chirurgie autiste, Shaun, vient d’être accepté dans un hôpital prestigieux. J’étais terriblement curieuse de voir comment Freddie Highmore jouerait son rôle et le syndrome autistique et bon sang de bonsoir c’est l’une des plus belles expériences visuelles que j’ai eu depuis un moment. Je ne suis pas une admiratrice des dramas médicaux, j’ai eu assez de Grey’s Anatomy pour toute une vie, mais ici les intrigues médicales passent au second plan. Ce qui est bluffant c’est le traitement des personnages. C’est sensible, pas facile ou compassé, on a une variété d’individus, pas des stéréotypes. Si un personnage merde, il ne sera pas sauvé par le saint esprit, les actions ont des conséquences. Le rôle de Shaun, la sensibilité du jeu, tout ce que sa personnalité et sa variété d’autisme nous offre sont merveilleux.
A retenir : une série profondément humaine et j’ai envie de le revoir (ça fait une journée que j’ai terminée).

 • Collateral, polar sans polar, dispo Netflix (mini-série, 4 épisodes).
Un livreur de pizza, Abdullah Asif, est assassiné en pleine rue, l’inspectrice Kip Gilespie et son partenaire vont mener l’enquête. Annoncé comme ça cela ne semble pas folichon. Mais si. La mort d’Abdullah est comme un prisme, cristallisant toutes les problématiques qui polluent notre société : le racisme, l’émigration illégale, le journalisme de bas étage, les politiciens sans humanité, et toutes les petites lâchetés qui nous composent. C’est une série déroutante, qui ne cherche pas à vous convaincre de quoi que ce soit, elle vous présente avec un portrait de la société et vous laisse en tirer vos propres conclusions. La bonté, le doute, la confiance, l’entraide, la peur, la méfiance, toutes ces émotions, la priorité que les personnages leur donnent nous apprennent quelque chose.
A retenir : une fresque qui n’offre pas de réponses magiques mais une perspective peut-être.

J’ai aussi vu la première saison de The Alienist dernièrement, c’était pas mal, mais les séries trop noires ne sont décidément plus ma tasse de thé. Et dans le genre sucré voir sirupeux, Un soupçon de magie (Good Witch) est parfait pour se vider l’esprit et se concentrer sur des problèmes futilement terribles. Pratique aussi en fond sonore quand on fait une frise chronologique sur l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis.

De la science-fiction, une série médicale, un polar qui n’en est pas un, il y en a pour tout le monde. Qu’allez-vous choisir ?