En été

J’ai enfin terminé de lire The Lord of the Rings. J’avais commencé à l’été 2013 et avais été soufflé par The Fellowship of the Ring. J’ai adoré retrouver la plume de Tolkien, un peu moins les phrases qui contiennent à chaque fois trois mots que je ne connais pas, et les personnages. Contrairement aux volumes précédents, je n’avais pas vu l’adaptation cinématographique en entier, alors la plupart des choses m’étaient inconnues. J’ai vraiment vibré pendant certaines parties et j’ai même essuyé une larme quand j’ai laissé Frodo et Bilbo pour la dernière fois.
On a sous les yeux une fable épique où les personnages (sauf les hobbits cependant) sont des figures presque unilatérales. Tous s’expriment comme s’ils faisaient un discours autour de la table ronde et avait avalé un roman de Walter Scott. Cela a son charme, mais il faut y être réceptif.ve. J’ai particulièrement aimé l’humour apporté par les hobbits ainsi que leur rôle primordial dans le bouquin. By the way j’ai trouvé l’alternance des points de vue plus dynamique et mieux réalisée que dans The Two Towers. Je n’ai pas envie d’écrire un pavé sur ce que The Lord of the Ring représente pour moi, mais en tout cas je vous le conseille, et si possible pas dans l’horrible traduction française ; j’ai encore des frissons des quelques passages que j’en ai lu.

J’ai continué dans la fantasy avec la série de La passe-miroir de Christelle Dabos. Le premier volume trouvé pour 50 centimes à Emmaüs, j’ai été très agréablement surprise. L’écriture était maîtrisée, l’univers onirique avec des relents du Château ambulant de Miyazaki et j’avais adoré découvrir Anima avec leur langage si coloré et amusant. Ophélie n’est pas une héroïne commune et son évolution au fil des trois volumes m’a bien intéressée ; les autres personnages sont également chouettes, Thorn qui n’est pas le personnage masculin principal auquel on pourrait s’attendre, et tous les autres aussi qui donnent de la couleur à cette histoire. C’est une fantasy qui est loin d’être genrée et cliché et ça fait tellement de bien ! Après le manque certain de figures féminines en relief dans Tolkien, j’ai enfin respiré.
J’ai lu avec plaisir les trois volumes publiés, et malgré leur quelques 500 pages chacun je n’ai pas vu le temps passer. J’aurais des bémols après ma première impression ravie, mais ne boudons pas notre plaisir, quand la suite sortira je serai impatiente de la lire (en espérant que cela ne sera pas dans deux ans ; attendre une suite de série était un sentiment qui ne me manquait vraiment pas).

J’ai aussi lu Gifts d’Ursula K. Le Guin. Il s’agit du premier volume de la série dont j’avais lu le deuxième, Voices (on aura compris qu’ils peuvent se lire dans le désordre). Ayant beaucoup aimé ce dernier j’étais impatiente d’en découvrir un autre. J’ai retrouvé avec plaisir la plume particulière de Le Guin, et certains des personnages qu’on découvre dans Voices, mais il m’a manqué un petit quelque chose. Si j’ai adoré l’inventivité et les détails de la société qu’elle décrit, l’histoire m’a semblé rester plate. J’admet que j’étais plutôt fatiguée quand je le lisais, aussi cela ne va-t-il pas m’empêcher de découvrir le dernier volume de la trilogie, seulement Gifts ne sera pas mon préféré pour le moment.
Et pour finir j’ai redécouvert un court livre audio que j’avais déjà écouté plusieurs fois il y a quelques années. Je donne des cours particuliers en ce moment et j’ai pris des passages de ce livre en dictée pour mon élève ; cela m’a terriblement donné envie de le réécouter. C’est un roman jeunesse qui ne casse pas quatre pattes à un canard au final, mais je l’ai trouvé vraiment astucieusement écrit et parfait pour un livre audio. Les interprètes faisant la lecture donnent vie aux personnages et mon seul gros bémol est la musique de fin et début de chapitre qui m’a tapé sur le système. On ne parlera pas par contre de personnages féminins, les seuls présents sont une vieille femme faisant la cuisine et une mère effrayée par un fantôme. J’ai cependant vraiment aimé retrouver une histoire que je connaissais et qui est parfaite pour un été ; transporté.es au bord de la mer, dans une vieille bâtisse, le mystère du cheval fantôme est un plaisant moyen de passer la soirée.

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Des tessons d’humanité

Je suis chagrinée.
Heureuse de constater que Sylvain Tesson avait publié un nouvel ouvrage, je me l’achetais gourmande et anticipant des heures de lecture esseulée. En plus un journal, mon genre favoris. Cependant j’en ressors déçue et en colère. Cela ne m’arrive guère plus puisque (erreur ou non) je ne continue plus un livre si passé un certains nombre de pages la seule sensation que j’ai c’est l’envie de le jeter par la fenêtre (enfin ça ferait surement plaisir à l’auteur, mauvaise idée). Seulement Tesson, même s’il noie son charme et son humanité de façon très convaincante dans cet ouvrage, arrive tout de même à nous offrir de jolies pages sur les arbres qui nous consolent presque, parfois, de son ralage, de son étrange islamophobie et de ses répétitions convulsives.

Avoir l’habitude de l’auteur c’est connaître son amour pour les grands espaces, le silence, la marche mais aussi l’immobilité, ses commentaires sur la « modernité », ses pensées de lectures. Si ici nous retrouvons ses vadrouilles, ses aphorismes (comme des pâquerettes, charmantes quand en bouquet rares, étouffantes quand colonisant l’espace visuel), nous sommes curieusement pollué par un excès de réaction à l’information, aux nouvelles. Un être critiquant le besoin de répondre à tout, de se positionner à la va-vitre va commenter un nombre effarant d’événements mondiaux, avec une préférence pour la politique, Poutine (ce génie incompris, ou tortionnaire, on ne sait plus trop), le burkini, les blogs, internet, les sourates du Coran et l’islamophobie. Tesson, que j’ai découvert comme un auteur avide de culture et ayant horreur des raccourcis, parsème très généreusement son journal d’avis à la vite sur l’extrémisme islamique et fustigeant nos politiques de ne jamais agir. C’est à ce moment-là que j’aurais aimé que Tesson nous dise ce qu’il aurait fallu faire, puisqu’il a tant lu, tant voyagé, tant vu et puisqu’apparement l’action est la seule chose à faire. Au lieu de cela tout le monde en prend pour son grade (sauf Poutine), et pendant que Tesson profite d’un paysage magique à l’autre bout de la terre il se désole de la fin du monde et que personne ne pourra plus voir de beauté pareille. Jouir de la nature pour ensuite expliquer que ce ne sera plus jamais comme avant me semble un gros doigt d’honneur à quiconque se prend de rêver d’évasion. Après moi le déluge.
L’étrange schizophrénie de ce livre m’a fait douter de ma propre bonne foi. Passe d’une belle page pleine de phrases qui vous recousent l’âme, à des commentaires hermétiques virant à l’islamophobie n’est pas une gymnastique agréable. Surtout quand on estime l’auteur. L’incompréhension grandit quand une entrée fustige la mise en boite et les raccourcis mettant tout le monde dans un même panier, pour être suivi par un avis à l’emporte pièce sur le burkini. C’est surtout le fait de voir que je pourrai contrer son avis de plusieurs manières très simples et pleins de bons sens qui me hérissent. Il ne s’agit pas là de remarques sur lesquelles on pourrait hésiter, réfléchir (comme il y en a aussi dans l’ouvrage par ailleurs), mais de simples préjugés ou mauvaise foi (abhorrer des sourates qui appellent à la violence et inspirent les djihadistes, très bien ; faire comme si aucune autre religion n’avait jamais inspiré de violence sans fond, et que l’islam était le mal suprême, stupide).
Etant d’accord avec la plupart de ses remarques sur la technologie et la modernité, j’ai tout de même noté l’ironie d’un auteur qui en un mois peut passer de l’Afrique, à l’Asie, à une île, et moquer la vitesse, les avances techniques et redouter le réchauffement climatique. Tesson semble conscient de sa tendance vieux-con dans quelques sursauts lucides et pleins de cet humour torsadé et indirect que j’aime chez lui, ce qui m’a fait d’autant plus regretter que les passages suivant ces réalisations repartent comme un petit automate sur les terroristes, la fin du monde et la beauté de boire tout le temps.

Je voulais lire La marche dans le ciel enfin, je vais attendre un petit peu maintenant. Cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit mes pensées sur un livre quelque secondes après en avoir tourné la dernière page. En espérant que mon agacement n’ait pas transformé le tout en litanie stérile Tessonienne.

Une très légère oscillation, journal 2014-2017, Sylvain Tesson (édition Equateurs, 2017).

Des relectures en anglais

Maered n’a jamais rien connu que Gilman’s cot, le campement fortifié dans les montagnes d’Annar où elle est esclave. Un jour elle découvre un magicien, caché de tous, sauf d’elle. Il semblerait qu’elle aussi ait des pouvoirs druidiques et ne puisse rester cachée à Gilman’s Cot plus longtemps.

En début d’année j’ai eu une petite crise monomaniaque de lecture de fantasy (j’ai aussi regardé The Chronicles of Shannara sur Netflix et c’était pas mal), et j’ai eu envie de relire la saga de Pellinor. The Gift est l’un des premiers bouquins que j’ai lu en anglais après Harry Potter. Je devais avoir 16 ans quand je l’ai découvert (alerte vieillesse) et si je me souvenais pas mal de l’histoire, j’avais envie de voir ce que je pourrais comprendre de plus à présent. J’ai aimé voir les annotations que j’avais fait à l’époque, les mots soulignés et la recherche de vocabulaire. Je suis d’ailleurs étonnée en le relisant de la difficulté du style et je me demande comment j’ai fait pour comprendre quelque chose il y a dix ans ; comme quoi on peut lire dans une langue étrangère sans connaître tous les mots. Je trouve toujours l’écriture de Croggon très poétique et imitant quelque peu un anglais archaïque. J’ai aimé sa mythologie et ses druides, seulement après dix ans de lecture j’ai lu plus de fantasy, et j’ai trouvé la sienne un peu banal à ce regard. Le deuxième volume m’a encore moins plu, mais je pense que mon été d’esprit n’était pas adéquat à la lecture. C’est lent et ça se savoure, là je voulais quelque chose rapidement. Cependant il demeure que Maered est une héroïne vraiment trop jeune pour moi, elle a bien 16 ans et j’ai eu envie de la secouer. J’hésite à relire la suite (il y a quatre volumes). Ça n’a pas été traduit en français à ma connaissance.

Fin de la Seconde Guerre mondiale, Juliet est une écrivaine qui a publié toutes les semaines une colonne humoristique pendant la guerre. Maintenant c’est un livre et elle fait le tour des librairies du pays. Un jour elle reçoit une lettre venant de Guernsey et une correspondance curieuse et amusante se met en place entre plusieurs de ses habitants et elle.

Alerter obsession. J’ai lu Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates deux fois en français et écouté le livre audio. Seulement je ne l’avais jamais lu en anglais auparavant. Un passage à Paris m’a permis de réparer cela et de l’acheter. Quand j’étais plus jeune et que je lisais un livre en anglais avant sa sortie française, je relisais souvent la traduction pour vérifier que j’avais bien compris, maintenant je fais le contraire et je suis contente de constater que la traduction française respecte bien l’esprit de l’original (du moins dans mon souvenir). J’ai retrouvé avec plaisir l’humour et les références littéraires des personnages (j’ai de nouveau envie de lire Charles Lamb). J’ai eu la (les) larme à l’œil, j’ai été émue et la fin m’a encore fait chaud au cœur. Au bout de la (presque) quatrième lecture certaines lettres et répliques ne me touchent plus autant, mais ça a tout de même été une relecture charmante et j’ai très envie d’écouter le livre audio en anglais maintenant (et le film !). Le format épistolaire rend l’expérience de lecture différente, mais je trouve que Shaffer s’en sort très bien pour rendre cela pertinent et fluide. Bien sûr parfois on aimerait en avoir plus (le livre est vraiment tout fin), mais il s’agit tout de même d’un bouquin que je garde au chaud dans mon p’tit cœur.

“That’s what I love about reading: one tiny thing will interest you in a book, and that tiny thing will lead you to another book, and another bit there will lead you onto a third book. It’s geometrically progressive – all with no end in sight, and for no other reason than sheer enjoyment.”

« C’est ce que j’aime dans la lecture. Un détail minuscule attire votre attention et vous mène à un autre livre, dans lequel vous trouverez un petit passage qui vous pousse vers un troisième livre. Cela fonctionne de manière géométrique, à l’infini, et c’est du plaisir pur. »