Ahoj (si vous êtes un pirate anglais, ou quelqu’un parlant tchèque)

Cela faisait un moment, non ? Figurez-vous que je passais l’agrégation d’anglais cette année. C’était cela « (l’horrible) aventure » dont je parlais dans mon bilan de fin d’année. Et par la grâce de mes neurones et des dizaines et des dizaines d’heures de révisions, je suis à présent agrégée. Autant dire que ces derniers mois avant les épreuves orales je n’ai pas beaucoup lu. Enfin j’ai lu un peu, mais rien de mémorable. Voici cependant quatre de ces lectures, dont une post-concours, qui elles m’ont beaucoup plu. Tout ce que je vous présente a été traduit.

• An Elegy for Easterly, Petina Gappah (2009). Il y a un recueil du même nom, mais ici il s’agit d’une nouvelle qui en est extraite et publiée séparément. Je n’avais jamais entendu parler de l’autrice, mais j’étais bien curieuse de découvrir quelque chose du Zimbabwe et c’est une réussite. J’ai aimé pénétrer dans l’univers de l’autrice pour quelques pages et j’ai déjà mis le recueil complet dans ma liste de souhaits (cela semble avoir été traduit sous le titre Les Racines déchirées, histoires).

• The History of Mary Prince (1831). L’une des matières que je devais préparer pour l’oral était de la civilisation américaine sur le militantisme antiesclavagiste au 19e siècle aux Etats-Unis. Même si ce titre ne rentrait pas vraiment dans la matière, puisque cela concerne une ancienne esclave des colonies britanniques, j’avais envie d’avoir le point de vue d’une femme ayant vécu dans les colonies tropicales. Comme prévu c’est très dur à lire, mais aussi très instructif. Je le recommanderais à quiconque veut en apprendre plus sur l’histoire de l’esclavage et des femmes (la traduction).

• Educated, Tara Westover (2018). Il s’agit des mémoires d’une jeune femme ayant grandi dans une famille influencée par les croyances survivalistes et religieuses de son père. Westover nous raconte son enfance, la façon dont elle a cherché à s’émanciper et comment elle a appris à apprendre. J’ai trouvé l’écriture incroyablement prenante, poétique et imagée. Pour un premier livre c’est assez bluffant (la traduction).

Et pour finir ma lecture post-concours, mon Maigret de l’été, toujours acheté d’occasion comme la tradition le veut.

La première enquête de Maigret, Simenon (1948). Et c’est un très bon cru cette année. J’ai retrouvé avec délectation la plume de Simenon. Cela peut sembler étrange à dire et à lire puisque en général si l’on parle de Simenon ce n’est pas son écriture que l’on loue, mais vraiment c’est assez remarquable. Il est capable en quelques phrases de poser une situation, des personnages, sans que rien ne semble manquer. Il sait aussi arranger les mots d’un manière qui les rends curieux et nouveaux sans pour autant qu’on ait l’impression qu’il ait rien fait d’extraordinaire. L’enquête est aussi très bonne et je me demande ce que le hasard des choses me fera choisir l’année prochaine.

Bon été à tou.tes !

Coups de cœur et lectures marquantes de 2018

C’est enfin ce moment où je peux prendre quelques heures pour parler de lecture et compiler les bouquins que j’ai lu en 2018. Et quelle année 2018. J’ai écrit un mémoire de Master sur une femme peintre du 19e, j’ai reçu un diplôme, et j’ai commencé une autre aventure (je n’ai pas écrit horrible aventure histoire d’avoir l’air optimiste).
Ces derniers temps j’ai dû faire tout ce que je pouvais pour au moins lire un truc pour le plaisir par mois, et j’ai parfois échoué. Cependant en regardant ce que j’ai découvert cette année, il y a quand même des trucs pas mal que je voulais immortaliser et vous partager. Comme l’année dernière, voici le lien vers ma playlist 2018 histoire de vous mettre dans l’ambiance.
Pour les livres que j’ai lu en anglais mais qui sont aussi disponibles en français, j’attacherai un lien vers la traduction, et pour les livres gratuits en ligne, il y en aura aussi un. Et c’est parti !

Découvrir des autrices classiques est toujours l’une de mes passion et cette année j’ai fait un belle pioche avec tout d’abord Ten Days in a Mad-House (Dix jours dans un asile) de Nellie Bly (1887). Bly est la première journaliste d’investigation du 19e, pour cet opus, elle décide de se faire passer pour « folle » afin de pouvoir être admise en asile et découvrir les conditions des patientes là-bas. Le ton est très sensationnel, mais on sent l’intérêt de Bly derrière et son envie de faire changer les choses.
Pour un cours sur l’abolition de l’esclavage aux États-Unis j’ai décidé de lire les mémoires d’Harriet Jacobs, Incidents in the Life of a Slave Girl (Incidents dans la vie d’une jeune esclave, 1861). C’est extrêmement intéressant et poignant. La vision que cela donne sur la société américaine et le mouvement anti-esclavagiste est passionnante.

Fantomina de Eliza Haywood (1724) est une novella qui m’a bien fait rire. Les prémisses sont extrêmement curieux : une jeune femme de la bonne société observe une courtisane au théâtre et se demande ce qu’elle peut bien ressentir en étant au centre de l’attention de tant d’hommes. Elle décide de se déguiser en courtisane et de revenir le lendemain au théâtre pour explorer sa sensualité et sa sexualité. C’est étonnant, très kitsch, et je suis ravie d’avoir découvert Haywood.
Cette toute jolie collection de chez Penguin est sortie cette année et j’en ai profité pour découvrir The Cracked Looking-Glass (Le miroir brisé, 1939). Je ne saurai expliquer pourquoi cette lecture me reste à l’esprit un an après l’avoir lu, mais je dirai que c’est exactement ce que j’aime dans les nouvelles. La découverte d’un univers, d’une écriture, un petit bout de fiction qu’il faut créer en quelques pages et une conclusion qui noue le tout sans que ce soit rempli de rebondissements et de révélations.

Après avoir hésité pendant des années, j’ai enfin relu en anglais les aventures de Sherlock Holmes. J’ai écrit un billet détaillé sur cela et en quelques mots je peux dire que c’était une relecture douce-amère, de chouettes découvertes et des choses agaçantes.
J’attends toujours avec impatience la sortie d’un nouveau texte de Carriger et je n’ai pas été déçue. Novella situé dans l’univers d’Alexia Tarabotti, cette histoire m’a plu comme d’habitude, bien que ce ne soit pas l’une de mes préférées. Écriture amusante, atmosphère victorienne et loups garous à profusion, que demander de plus ?

J’ai découvert deux séries de polars victoriens assez chouettes cette année. Avec d’un côté les bouquins de Robin Page qui suivent une héroïne qui vient vivre avec ses tantes en Angleterre et se retrouve mêlée à des morts suspectes, et de l’autre la fameuse série d’Amelia Peabody écrite par Elizabeth Peters. Ici l’ambiance est totalement différente, on est en Egypte, on parle pyramides et momies qui déambulent dans le désert. Les deux sont distrayants, et je lirai d’autres volumes avec plaisir.

Je me suis découvert une fugace passion pour les Incas et j’ai emprunté ce livre à la bibli. C’était passionnant et je voudrais en savoir plus, le bouquin ne contenant pas certaines informations qui m’auraient intéressé. Le ton est plutôt érudit, parlant beaucoup de sources, mais c’est ce que j’aime dans la vulgarisation historique.

Hell-Heaven et Tower of Babylon sont deux nouvelles de chez Vintage que j’ai lu sur ma liseuse. J’aime cette collection pour découvrir des auteurs et autrices contemporain.es dont je n’avais jamais entendu parler. La nouvelle de Jhumpa Lahiri, la plongée dans cette famille d’expatriés bengali m’a beaucoup intéressé. C’est aigre-doux, glaçant parfois, une nouvelle faite dans les règles de l’art même s’il me manquait un petit quelque chose pour en faire un lecture au dessus de toute autre.
Le texte de Ted Chiang va complètement dans une autre direction, c’est plutôt de la SF historique. On plonge dans l’univers de la construction de la tour de Babel, suivant les maçons et les mineurs qui vont essayer de percer la voûte céleste et découvrir peut-être le visage de leur Dieu. L’extrême précision que Chiang donne à la construction de la tour, les mesures, la technique, la façon dont une société s’organise autour, et sur un tel chantier est passionnant. Je ne suis pas sûre de ce que je pense de la conclusion, mais je relirai du Chiang pour sûr.

J’en ai déjà parlé , mais Spinning Silver a été une de mes chouettes lectures de l’été. Cette atmosphère glaciale de conte de fées, cette imagination et ces personnages si variés et servis par une écriture d’une maîtrise impressionnante m’ont conquise. Cet été je me suis aussi offerte une réécoute du Cheval Fantôme et ça été un de ces plaisirs ! En déambulant dans mon nouveau parc préféré, j’ai replongé dans cette histoire désuète et me suis retrouvée avec plaisir sur la côte Bretonne balayée par la pluie à la recherche d’un cheval fantôme.
Et au détour d’une visite dans une boîte à livres, j’ai découvert ce petit bouquin se passant à Paris après la Commune. L’affaire du rubis m’a sorti de mes révisions et j’ai aimé qu’il contienne tout ce que j’aime dans les romans historiques jeunesse. C’est distrayant, mystérieux et on apprend des trucs.

Et pour finir quelques lectures graphiques avec Arte de Kei Ohkubo qui semble présente à chaque bilan depuis quelques années. Je suis toujours aussi intéressée par cette histoire et cette image de la Renaissance italienne centrée autour d’une peintre qui veut affûter son talent. Je n’ai qu’un bémol, les volumes sortent vraiment au ralenti.

Idéal Standard d’Aude Picault a été une curieuse lecture. J’ai bien sûr adoré les dessins et la mise en couleur, mais je ne savais pas trop ce que je pensais de l’histoire. Cependant après plusieurs mois elle me tient encore à la peau et me fait toujours réfléchir, alors je ne peux que la recommander.
Marie Curie, Little Guides to Great Lives doit être ma lecture la plus adorable de l’année. C’est biographie dessinée de la physicienne et prix Nobel était adorable et inspirante au plus haut point, j’ai même versé quelques larmes en la lisant en me tenant au milieu de la librairie.

Et comme d’habitude, avant de vous vous laisser et vous souhaiter une chouette année et de belles lectures, voici la citation qui a bercé 2018 pour moi (et 2019 au train où ça va).

Films cosy et compagnie

Rien de mieux qu’un bon film qu’on a vu deux cent fois quand les températures chutent, qu’on est coincé.e chez soi toute la journée pour réviser, et qu’on veut juste s’émerveiller le soir venu à la lueur de quelques bougies parfumées pour oublier qu’on en a franchement marre d’étudier un poète mystique du dix-neuvième siècle.

Le dixième royaume est une mini-série américaine des années 2000 que j’ai découverte complètement par hasard il y a quelques années (genre dix ans ?) lors des soldes DVD de la FNAC. Dans le premier épisode on découvre un univers parallèle de contes de fées et des portails qui permettent d’y aller depuis New York. C’est tout à fait dans la veine des films fantastiques de cette époque ; les effets spéciaux un peu dégueus mais kitsch d’une bonne façon, l’ambiance, les fringues, et l’humour. Je ris beaucoup quand je le revoie, mais ça contient aussi une trame dramatique intéressante et il me tarde de le revoir cette année.

Harry Potter à l’école des sorciers. Je sais, je sais, c’est grave un truisme de dire qu’on se refait tous les Harry Potter en automne-hiver, mais ça marche tellement bien ! Et à ma grande surprise, malgré les soucis que j’ai avec l’univers de Rowling depuis quelques temps, revoir ce film est toujours un plaisir. C’est complètement régressif, je peux déclamer les dialogues avec les perso, m’imaginer à Poudlard et trop kiffer Hermione qui sauve tout le monde.

Ella au pays enchanté. Voici un autre film des années 2000 que je n’ai par contre découvert que l’année dernière sur Netflix. C’est tout à fait dans le même genre que le premier truc que je vous ai présenté, complètement burlesque, drôle et mignon. Ça fait quand même réfléchir à pas mal de choses cette histoire de « bénédiction » qui fait que le personnage d’Ella n’a pas d’autre choix que de faire ce qu’on lui dit. Ça aurait pu être autrement dramatique si on avait exploré l’univers différemment. Malgré la fin un peu trop « marrions-nous alors qu’on se connaît depuis cinq minutes », j’ai beaucoup aimé le revoir cette année pour lancer la saison cosy (mi septembre…).

Ok, ne me demandez pas pourquoi Jurassic Park et Le monde perdu font partis de mes films de noël. J’aime juste trop l’idée de ce parc, même si c’est une très très grave erreur et assez triste pour les dinos quand on y pense. J’ai toujours les larmes aux yeux quand on les découvre pour la première fois avec la musique emblématique. En plus je regardais ces films sur VHS pendant ma tendre enfance quand j’avais un brontosaure en plastique ma table de nuit. Je ne m’en lasse pas non plus, et ça se marrie très bien à une tasse de chocolat chaud. Les vieux ordis et le hacking de derrière les fagots qui ressemble à de la pate à modeller sont pas mal aussi.

Et pour finir La gloire de mon père. J’ai tellement vu ce film pendant mon enfance que je pense qu’il y sera toujours associé ainsi qu’aux rediffusions à la télé pendant la période de noël (c’était l’ère pré-Netflix à ce moment-là). Ces collines, ces vacances mythiques, ces garçons un peu psychopathes qui mettent des cigales dans leurs poches, cette France de début du 20e, les décors, l’ambiance, je vote pour ! On repassera pour la place de la femme par contre, mais je suis prête à ne pas (trop) y penser quand je revois ce film.

La période des bilans annuels approche et c’est la seule chose qui me maintienne en vie en ce moment, sans vouloir dramatiser. Sur ce, je vous souhaite à tou.tes de chouettes soirées cosy, de bon (mauvais) films à revoir, et je repars me noyer dans les poésies mystiques et phalliques du dix-neuvième…