Thoughts on finishing a journal

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Si j’écris depuis plusieurs années, de la fiction, des articles, je n’avais jamais tenu de journaux. Je ne savais donc pas forcément comment cela marchait. Alors que je remplis les dernières pages de mon premier carnet, j’avais envie de partager quelques réflexions sur cette expérience.

Écrire un journal demande autant de qualité d’écriture que la rédaction d’un ouvrage de fiction.  Je suis une grande amatrice de journaux et j’ai passé mes meilleurs heures de lecture en compagnie des notes de Virginia Woolf, Dorothy Wordsworth ou Sylvain Tesson. Je n’avais cependant jamais pensé, réellement, qu’un bon diariste avait autant de technique et de pratique à avoir qu’un-e romancier-e. Mes journaux ne seront jamais publiés ou lus par quelqu’un d’autre que moi, mais n’empêche, quand j’écris, des questions viennent se poser. Partager toutes mes pensées, donner un compte-rendu prosaïque ou m’épancher sur des pages après avoir admiré la beauté des paysages gallois ? Et que faire quand on a loupé, une voir deux semaines et qu’on veut tout de même en parler ? Wordsworth m’a bien aidé pour ce cas-là.

Écrire à la main prend plus de temps et plus de concentration qu’avec un ordinateur. Après une centaine de pages manuscrites, et la lecture de Dorothy Wordsworth, je me sens plus libre quand je décide d’écrire, cependant l’expérience de tout rédiger à la main (et au stylo plume, histoire d’utiliser cette jolie encre J. Herbin Éclat de saphir) m’a enseigné pas mal de choses. Comme je ne rédige pas de brouillon, j’ai appris que lorsque je me lançais sur le papier sans avoir réfléchi, cela pouvait soit être extrêmement cathartique soit complètement ennuyeux et laborieux. Il faut plus penser avant d’écrire puisqu’on ne peut pas simplement effacer d’un tapotement ce que l’on vient de faire. C’est une pensée différente que celle accompagnant l’écriture sur clavier, le geste prenant plus de temps, on peut former ses idées et complètement changer de tournure avant d’avoir terminer de tracer un mot. Il faut plus une continuité de pensée pour former un tout, que quelque chose de haché qu’on peut éditer à loisir.

Il s’agit du souvenir ultime. Quelque chose que l’on ne peut pas acheter et qui sera unique. Quelque chose que je pourrai relire dans quelques années, qui m’aura appris un peu de patience et de travail en silence. Quelque chose que j’ai entrepris pour occuper mon temps autrement qu’en surfant sur internet et m’ayant permis de développer mon écriture et mon sens de l’observation plus avant.
J’ai hâte de commencer mon deuxième carnet et de vivre, et raconter, la fin de mon voyage.

Quatre mois au Pays de Galles

J’ai été plutôt avare sur mon expérience au Pays de Galles côté articles. Je voudrais pourtant tenter d’en parler un peu ici maintenant que je suis rentrée en France pour les vacances de noël. Cela me semble le bon moment pour avoir une vision d’ensemble sur ces quatre premiers mois. Pour ceux-celles qui l’ignorent, j’ai terminé ma licence d’anglais en juin dernier et au lieu d’aller en Master directement j’a pris une année de hiatus pour être assistante de français en Grande-Bretagne. Le but est simple, améliorer mon anglais oral et acquérir de l’expérience dans l’enseignement. Ne nous le cachons pas, c’est aussi hyper cool d’avoir un an de vacances dans un pays qu’on adore depuis des années.

J’en avais déjà parlé sur l’ancien blog, mais l’un des trucs les plus importants que j’ai compris en vivant au Pays de Galles et en parlant anglais tous les jours, c’est que j’ai autant besoin de parler français. De m’amuser avec la langue, de faire des jeux de mots et de sentir une communion de langage avec quelqu’un. Je rêve d’un environnement parfaitement bilingue où l’on pourrait passer d’une langue à l’autre sans soucis et où ne pas trouver ses mots dans une langue ou l’autre ne serait pas un problème puisqu’on pourrait s’expliquer dans un sorte de pidgin.
J’ai aussi appris à dédramatiser ce qui jusqu’alors me semblait alors une tare inqualifiable. Quand on est en fac de langue, ce qu’on vous présente comme le but ultime c’est de parler de façon courante avec un accent parfait de natif. D’être dans un environnement avec plusieurs personnes bilingues, quelque soit leur leur langue de départ (allemand, chinois, gallois, espagnol), on se rend compte que ce qui importe c’est de pouvoir communiquer et qu’il est toujours possible de s’améliorer. Ça m’a d’ailleurs donné encore plus envie d’apprendre d’autres langues plutôt que d’attendre l’hypothétique moment où mon anglais serait parfait à mon goût pour le faire.

Conwy
Conwy

Cela fait plusieurs années que j’ai l’habitude d’étudier loin de chez moi et d’habiter dans une autre ville que la mienne, seulement jamais je n’étais restée aussi longtemps sans rentrer. Quatre mois peuvent sembler un court laps de temps, mais quand tu vis dans un autre pays et que tu ne peux parler à ta famille qu’avec Skype une fois par semaine, cela a tendance a sembler plus long. Pour autant je trouve que c’est une expérience qui me permet et va me permettre de grandir. J’ai beau avoir l’âge canonique de 25 ans, c’est assez compliqué pour moi de me penser « adulte » et d’imaginer réellement vivre ailleurs que chez mes parents à long terme. Se créer un nouveau nid, un nouvel endroit à appeler chez soi n’est pas évident, mais il faut bien passer par là.
Si j’ai un peu le mal du pays, je trouve en même temps que la vie au Pays de Galles est vraiment agréable. Je n’aime pas faire de généralisation débile en mettant des contrées en compétition, il me faut bien avouer que la relations aux autres est différentes là-bas. Que vous soyez en train de randonner en haut d’une montagne, chez Lidle, ou dans la rue presque tout le monde va vous sourire, vous dire bonjour ou commencer une petite conversation à coup de « how are you love? » et etc. J’ai pu voir que c’était différent dans certaines grandes villes comme Londres, mais quand vous êtes dans un endroit à taille plus humaine, c’est étrange de se dire que ce n’est pas louche de sourire aux gens dans la rue et ça fait du bien. Je sens que cela va manquer quand mon année sera terminée, mais je vous préviens j’ai commencé à être aimable avec des inconnu-es moi aussi en France, la révolution est en marche.

Enseigner à Poudlard a ses avantages
Enseigner à Poudlard a certains avantages

Un autre pendant important à cette expérience, est l’enseignement. Cela fait plusieurs années que je donne des cours particuliers, mais je n’avais jamais à aller travailler tous les jours, avec les mêmes classes, à faire des plans de cours pour remplacer un prof ou m’investir dans la vie du département où j’enseigne. Il devient alors un peu plus compliqué de dédramatiser quand on doit faire face à des élèves désagréables, insolents tous les jours et surtout passer à des âges si différents que la deuxième année de primaire à la terminale. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être prof. Et si devoir donner des cours à des élèves compliqués il y a quelques années n’avaient pas freiné cette envie, je dois bien avouer que cette année me fait réfléchir. Je dois bien sûr prendre en compte que je n’ai pas le statut de prof dans mes classes et que forcément le rapport n’est pas le même avec mes élèves, mais c’est tout de même compliqué parfois.
Je suis cependant toujours aussi passionnée par le côte apprentissage et passage de savoirs. J’apprends comment présenter des choses, comment jongler entre enseigner et être une jeune adulte normale qui va rire à une blague d’élève, et comment se lancer dans le grand bain de gérer des classes toute seule. Depuis que j’avais commencé l’université, mon envie d’être prof en lycée et collège s’était mué en l’envie d’être enseignant-chercheur en fac. Mais être en contact d’élèves plus jeunes, voir l’importance de l’implantation tôt d’automatismes, de mécanismes d’apprentissage semble changer la donne et me redonne envie d’enseigner dans le secondaire.

Petit Orme - Penrhyn Bay (Ce n'est pas un endroit dégueu pour prendre des phoques en photo)
Petit Orme – Penrhyn Bay (Ce n’est pas un endroit dégueu pour prendre des phoques en photo)

Je n’ai pas trop parlé d’un énorme point positif de cette année dans cet article, et c’est de pouvoir visiter des tas de trucs trop chouettes. Vivre dans un endroit aussi magnifique que le Nord du Pays de Galles est un énorme cadeau. La petite marche du dimanche prend une autre dimension quand il s’agit d’aller au bord de la mer en cinq minutes, de voir des phoques sauvages, de grimper une ou deux montagnes ou de faire les boutiques à Llandudno. J’ai plus exploré le coin où j’habite pendant cette première partie de mon séjour (Conwy, Llandudno, Anglesey, Bangor, Caernarfon ou même Chester), mais j’ai tout de même pointé le bout de mon nez à Birmingham et Londres. J’ai prévu de plus bouger pour les cinq prochains mois et surtout d’aller en Ecosse, à York, Bath, Dartmoor et peut-être même à Dublin, puisque prendre le ferry pour s’y rendre est chose facile quand on habite pas loin de Holyhead.
Cette parenthèse française pour les vacances était la bienvenue, mais en même temps ne semble pas si réelle quand je sais que dans moins de deux semaines je serais de retour là-bas. En attendant je vous souhaite à tous de joyeuses fêtes et n’hésitez pas à me poser des questions sur la région, l’assistanat ou ce qui vous passe par la tête.

De la lecture et des montagnes

Llandudno, le Grand Orme – « Great Orme, Pen y Gogarth »
Llandudno, le Grand Orme – « Great Orme, Pen y Gogarth »

J’ai terminé de lire L’héritage des rois passeurs tout à l’heure et je me suis sentie investie de l’envie de bloguer, comme au bon vieux temps. Une telle occasion ne se manque pas alors me voilà pour un article rempli de pleins de trucs sans rapports les uns avec les autres.
Ici c’est le vacances ; ma première semaine se termine doucement et j’ai passé trois merveilleux jours à Betws-y-Coed. Betws-y-Coed est une petite ville de montagne aux portes du parc national de Snowdonia. On peut faire de chouettes marches à partir de là et j’ai profité du calme et de la solitude à envi. Internet étant une denrée rare là-bas je me suis retrouvée à devoir me débrouiller avec la rédaction de mon journal de voyage, la lecture et la télé. Ca fait longtemps que je ne l’a regarde plus, mais là j’ai été contente de pouvoir m’y adonner. J’ai découvert avec plaisir la chaîne galloise S4C qui propose des tas de programmes en gallois, du dessin-animé à la série policière. Mais aussi des émissions qui semblent toutes droit sorties des années 90 avec le University challenge. Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours plus l’impression de découvrir un pays étranger quand je regarde ce qu’il propose à la télé. Ça me fait penser à ces chambres d’hôtels pas chères pendant les vacances dans des contrées dont on ne comprend pas la langue mais dont on allume quand même le poste. Bien sûr ça c’était avant le wifi mais tout de même (moment hypster off).

À la fin de septembre j’étais en train de relire Harry Potter and the philosopher’s stone et j’ai embrayé avec Harry Potter and the chamber of secrets. S’il y a quelques années je relisais la saga tous les six mois, cela faisait un moment que je ne m’y étais pas replongée. Et avec le temps s’ajoutait la peur de ne pas l’apprécier autant. Mes craintes ce sont sans doutes légèrement confirmées, mais quand on pense que les deux premiers tomes sont dirigés à des lecteurs d’une dizaines d’années ce n’est pas étonnant. Je n’avais jamais lu les premiers volumes en anglais et j’ai été ravie de découvrir la façon dont Rowling met en scène son histoire. J’ai aimé la plasticité de sa langue et son humour. Cependant quelques petites notes sonnaient de façon un peu trop discordantes à mon oreille, ce qui n’empêche pas que je rêve toujours de me barrer à Poudlard, mais le fait est là. Par contre j’ai eu un énorme coup de cœur pour Gilderoy Lockhart. Alors qu’en revoyant les films je le trouvais juste chiant, en relisant la façon dont Rowling le présente je me suis régalée. Il est tellement absurdement fat qu’on ne peut se marrer en lisant ses répliques. Je n’aime pas cette idée des personnages pénibles qu’on adore détester, je trouve ça plutôt chiant qu’autre chose, mais un individu tel que Gilderoy est tellement unique que je ne pouvais que lire avec gourmandise toutes ses apparitions.

Le Grand Orme – « Great Orme – Pen y Gogarth »
Le Grand Orme – « Great Orme – Pen y Gogarth »

Comme je le disais dans l’article précédent j’essaye de profiter le plus possible de mon année ici pour visiter tout ce que je peux. Mais j’ai aussi besoin de moment, de jours, où je suis chez moi à ne rien faire. Lire, cuisiner, être seule, ne pas forcément parler à des gens. Ce n’est pas de la misanthropie, c’est comme ça que je recharge mes batteries. C’est aussi ainsi que j’arrive à avoir envie d’écrire ou de lire.
Depuis la dernière fois j’ai tout de même mis les pieds sur le Grand Orme, une petite montagne galloise dont vous voyez quelques clichés ici. Mais aussi àLlanrwst (à prononcer clan-roust), ou encore visiter le château médiévale deCaernarfon (keunarven) et bien sûr Betws-y-Coed. J’aime à m’imaginer une grande voyageuse marcheuse alors je me suis achetée des chaussures de randonnée et j’ignore mes poumons et mes muscles qui ne sont pas du tout d’accord de se mettre à l’exercice de cette façon. J’espère gravir Snowdonia la semaine prochaine ; c’est un peu la montagne des débutants et des tas de chemins plus ou moins aisés y mènent. On peut même prendre un petit tramway pour y parvenir si l’envie nous en prend. Les marches vers le sommet vont de 5 à 7 heures et j’espère vraiment que le temps permettra de le faire.

M’étant donc retrouvée à Betws-y-Coed sans internet j’ai pioché dans ma liseuse pour voir ce que je pourrais découvrir. J’ai eu envie de voir ce que donnait L’héritage des rois passeurs de Manon Fargetton. Quand j’étais jeune et que je hantais la médiathèque toutes les semaines j’avais pour projet de lire tous les titres de la collection Autres Mondes de Mango. C’est comme ça que j’ai découvert l’auteure avec son premier roman Aussi libres que des rêves. Elle l’avait écrit alors qu’elle avait-huit ans si je me souviens bien, alors j’étais curieuse de voir comment son écriture avait évoluée. J’avais besoin de me plonger dans un nouvel univers et j’ai aimé découvrir celui de Fargetton. Moi qui ne suit pas fan des romans de fantasy qui se transforment obligatoirement en trilogie, pour le coup j’aurais bien aimé que ce soit été le cas ici. En effet l’univers crée est si vaste et riche qu’on aimerait bien avoir un peu plus de temps pour apprendre le connaître. Cette concentration sur quelques quatre cent pages donne donc parfois une impression de déséquilibre et de rapidité. L’auteure met en scène pleins de concepts, magie, dieux, univers parallèles, etc. et on aimerait bien les explorer avant d’arriver à la grande conclusion. En conséquence j’ai parfois eu un peu de mal à séparer les fils de l’intrigue dans mon esprit et me souvenir pourquoi telle chose arrivait ou telle autre.
On voit que l’auteure a lu Bottero, et les clins d’œils foisonnent dans l’ouvrage ; j’ai aimé l’importance égale donnée aux femmes et aux hommes dans le bouquin. On a tout un panel de type de caractères, sans que les femmes ne soient cantonnées qu’aux douces évaporées ou aux guerrières sanguinaires et réciproquement pour les hommes. C’est rafraîchissant. Pleins de petits trucs originaux m’ont plu (la fonction et la personnalité des dieux, son concept d’univers parallèles, etc.), et si ma lecture a été plaisante je relève tout de même l’impression de brouillon de certaines scènes un peu difficile à comprendre ou qui semblent manquer de temps pour se mettre en place.
La question est maintenant que vais-je lire ensuite.

♪ Ásgeir – Dýrð í dauðaþögn