There are never too many dragons in a household

 

Voici trois des dernières lectures que j’ai faites et que j’avais envie de discuter un peu en profondeur avant qu’elles n’apparaissent ou pas dans mon bilan de l’année. J’ai mis quelques jours à écrire cet article à cause de mon présent emploi du temps, alors savourez bien.

Mr Darcy’s Dragon (Jane Austen’s Dragons) (2016), Maria Grace. Si j’ai déjà pas mal lu d’Austineries, je n’avais jamais vraiment à mon souvenir découvert d’histoires mêlées de fantastique (sauf dans le film Pride and prejudice and Zombies qui est top la galette) et c’était pas mal du tout ma foi. Il s’agit d’un trilogie qui développe l’histoire d’Orgueil et Préjugés mais y mêlant tout une mythologie draconique. Certaines personnes dans le monde sont capables d’entendre les dragons et les protègent, dont Elizabeth Bennet et Mr Darcy. Quand l’oeuf du domaine de Darcy, Pemperley, est volé, son enquête le mène à Meryton pour découvrir le fin mot de l’histoire.
Si vous voulez une petite romance tranquillou ces bouquins ne sont pas forcément le meilleur choix, il y a beaucoup plus de création d’univers qu’il n’est classique dans ce genre de livre. La mythologie est cependant intéressante et je trouve le mariage avec l’univers d’Austen bien réussi. Comme toujours avec Grace il y a des situations intéressantes et des développements de personnages inattendus, mais il y a aussi des péripéties et des malentendus (pas spécialement convaincant des fois) à n’en plus finir. C’est au final plutôt distrayant et je lirai bien d’autres de ses réécritures.

Les choses, Georges Perec (1965). J’ai eu envie de le lire à cause d’un extrait que j’ai traduit pour les cours. J’en avais bien sûr déjà beaucoup entendu parler, et j’étais curieuse d’enfin savoir ce dont il s’agissait. Et si j’ai apprécié cette ambiance des années 60, cette description minutieuse de la place des objets dans la vie de ses personnages, je n’ai pas été aspirée par les considérations de Perec. Je suis restée extérieure aux personnages et je lisais le roman de façon plus détachée qu’autre chose.
C’était objectivement intéressant mais pas immersif pour moi. Je suis contente de l’avoir lu pour ma culture personnelle cependant et je lirai bien d’autres Perec pour voir comme La vie mode d’emploi.

Spinning Silver, Naomi Novik (2018). Depuis le temps que j’entendais parler de Novik, j’ai enfin sauté le pas ! Je pensais commencer avec Uprooted (Déracinée, récemment traduit), mais mon attention est finalement tombée sur Spinning silver. Dans un royaume où la neige ne cesse de tomber, Meryem est lasse que son père, prêteur sur gages, n’aille pas récolter ce qui lui est dû. Alors quand sa mère tombe malade et qu’elle a besoin de soins qu’ils ne peuvent payer, elle décide d’aller collecter elle-même l’argent et les intérêts. Elle parvient si bien à remplir son coffre d’or qu’elle attire l’attention des mythiques Staryk qui viennent dans le monde de Meriem voler et tuer quiconque s’oppose à eux.
Il est difficile de résumer cet ouvrage de façon satisfaisante puisque plusieurs fils se croisent et se recroisent et qu’on va voir pas mal de narrateurs (sans que ce soit jamais confus ou lassant). Ce bouquin a été une excellente lecture. Novik a vraiment une écriture, des spécificités et une imagination qui m’ont ravi. La plupart des choses semblaient logiques, naturelles, inventives, étonnantes. S’il y a bien un livre dont je n’imaginais jamais la prochaine page c’était celui-là. L’atmosphère de conte de fées est extrêmement bien posée, et la voix de chaque personnage est très convaincante. Ils ont chacun leur petits maniérismes, cadences, façon de voir le monde, un vrai tour de force de ce côté. Et la variété de personnages féminins était bien sûr un délice.
La toute dernière partie du livre m’a moins emballée malheureusement même si je ne pouvais pas m’arrêter de lire. Je pense cependant que le lire au seuil de la rentrée n’a pas aidé avec mon humeur et mon niveau de fatigue, et maintenant je suis prête à découvrir Uprooted.

You see but you don’t observe.

Deux billets livresques de suite en moins d’un mois ! C’est presque comme au bon vieux temps dites-moi donc (on voit que je suis vraiment en vacances en été cette année).
Suite à ma lecture des Lunes de sang, j’avais bien envie de voir ce que donnait Holmes en langue originale et en relecture. Il me semble que j’ai lu tout le canon (l’ensemble des 4 romans et 56 nouvelles de Holmes) au fil des ans, mais je n’avais jamais relu en anglais ces aventures que j’avais découvertes enfant.

J’ai commencé par les nouvelles rassemblées dans cette anthologie de la collection Peguin English Library ; les nouvelles présentes ont été sorties de leur recueils respectifs et le manque de cohérence que cela engendre est un peu embêtant. Cependant sont présentes certaines des nouvelles que je préférais quand j’avais huit ans : La ligue des rouquinsLe rituel des Musgrave, etc. Redécouvrir ces aventures avec un regard nouveau était intéressant : j’ai développé de nouvelles préférences pour des histoires qui n’étaient pas mes favorites par le passé, j’ai observé la façon dont Conan Doyle faisait évoluer ses personnages, mettait en scène ses intrigues et j’ai aussi beaucoup étudié l’écriture. Découvrir Holmes sans « filtre » après toutes ces années m’a apporté une autre image des histoires, j’ai appris pleins de nouveaux mots et la victorianiste en moi a été ravie de cette description de Londres, des manières et du langage des personnages.
Comme je m’y attendais, la relation Holmes-Watson ne me convint pas plus avec une relecture que dans mes souvenirs. Je la trouve artificielle et disproportionnée ; en fait Watson joue le rôle récurrent du narrateur un peu absent de l’action des romans victoriens, et si on ne s’attend à rien d’autre, cela est tout à fait satisfaisant, cependant si l’on souhaite un personnage au rôle crédible, ce n’est pas trop le cas à mon avis.
J’ai été charmée par l’atmosphère londonienne mise en place, et (presque toutes) les intrigues. C’est de toute façon très plaisant à lire, mais mes histoires préférées ont été celles où Watson ne vomissait pas son admiration pour Holmes à chaque trois phrases. On voit bien par ce procédé que Conan Doyle cherche à bâtir et consolider la légende de son personnage en montrant l’effet de ses méthodes sur un personnage admiratif qui ne voit pas du premier coup d’œil ce qui a permis de résoudre l’enquête (quitte à être particulièrement obtus). En fait l’impression que la raison derrière l’existence d’un grand nombres d’éléments (stylistiques, narratifs, etc.) est la façon dont ils pourraient promouvoir Holmes et accroître le nombre de ses lecteurs m’a semblé beaucoup trop importante. Au lieu de nous raconter une histoire, Conan Doyle semble utiliser tout ce qu’il peut pour dire : « hé regardez comme ce type est intelligent, alors lisez-moi, lisez-moi ! »

Finalement j’ai trouvé A study in Scarlet (Une étude en rouge) beaucoup plus intéressante à lire que certaines des nouvelles que j’adorais autrefois. Voir comment Conan Doyle introduit ses personnages fars pour la première fois est particulièrement intéressant. Ayant lu les nouvelles avant, j’ai pu voir l’évolution de Holmes, et réfléchir à ce que Doyle cherchait à faire. J’ai aussi aimé remarquer les différences d’ambiance, et d’évolution de la société dans ce roman se déroulant, et ayant été écrit, quinze ans avant certaines nouvelles. En fait le roman est plutôt passionnant jusqu’à la célèbre coupure qui nous plonge pour presque autant de pages que l’enquête, dans la genèse du crime dans le Far West américain. C’était un procédé courant dans les romans victoriens, mais cela déséquilibre un tantinet le récit. Par contre j’ai beaucoup aimé observer la façon dont Conan Doyle joue avec les règles d’un récit de cowboy. Clairement il sait ce qui se fait dans le genre, et joue avec les codes. Ce n’est donc pas très original, et les descriptions des contrées sauvages sont un poil longues, mais permet de voir comment Doyle cherche à utiliser un genre très populaire pour compléter son récit policier.

Si j’en ressors de ces lectures un peu mitigée, je ne pense pas que ce soit un problème. Ne pas avoir aimé tout ce qui compose un récit est finalement plutôt normal. Et j’ai suffisamment apprécié de récolter de nouveaux mots, de nouvelles impressions de lectures (notamment avec The Adventure of the Priory School et The Musgrave Ritual) et de nouvelles perspectives sur ces histoires pour ne pas regretter ma lecture et avoir envie de relire d’autres aventures de Holmes.

Holmes dans la lune

Les lunes des sang La lune noire, Anaïs Cros – 2006 – 2011.

Cela faisait des années que je n’avais pas lu de pastiche holmésien (roman inspiré des aventures de Sherlock Holmes) ; je pense que j’en avais fait une petite overdose à un moment donné. Ce pastiche m’avait tapé dans l’oeil chez Méloë il y a plusieurs années, et puis je n’avais pas tenté jusqu’à ce mois de mai (où j’ai re-regardé toutes les saisons d’Elementary). Ici l’histoire de Holmes et Watson est transposée dans une contrée inconnue, royaume de fantasy où elfes, humains, lunaires et lutins vivent ensemble. Evrahl (Watson) est un guerrier nain venu construire une nouvelle vie (et peut être même fomenter un complot) après la guerre des vingt lunes, et son nouveau colocataire Listak (Holmes), mystérieux agent de la couronne de Mortelune semble lui cacher bien des secrets…

Le début de ma lecture a été assez époustouflant. J’étais bluffée par l’écriture de Cros, la narration d’Evrahl, la construction de son univers et la transposition assez géniale de la mythologie Holmésienne. Une réflexion récente de Sita m’a fait réaliser ce qui m’avait autant plu : l’autrice ne se contente pas de mettre Watson dans la peau d’un nain et Holmes dans celle d’un demi-elfe mystérieux. Elle campe les personnages, leur donne un vécu et explore la façon dont leur vie dans cet univers de fantasy est modifiée. Et elle construit tout autour d’eux un univers riche et différent, qui est imprégné de références holmésiennes, mais qui ne tombent pas comme un cheveux sur la soupe.
La tension des Lunes de Sang est très bien réussie ; on guette sans arrêt le moment où les intentions d’Evrahl seront dévoilés, si son amitié avec Listak en souffrira, et on veut savoir si le complot réussira. Je disais donc que les quelques premières centaines de pages ont été bien chouettes. Je me demandais même comment cette lecture ne pourrait pas être un coup de cœur, la réponse : en finissant le bouquin.
En lisant ce pastiche j’ai découvert à quel point le personnage de Watson tel qu’il est dépeint ici, et dans les oeuvres de Conan Doyle, m’insupporte. Il est n’est pas bien vif d’esprit, légèrement misogyne, et puisque Listak/Holmes est de toute évidence plutôt intelligent, il décide de tout simplement ne plus penser et de laisser ce boulot à Listak. Leur duo semble alors d’autant plus incongru. Evrahl/Watson n’apporte rien à Holmes/Listak en l’accompagnant lors de ses enquêtes, si ce n’est le maniement de la hache et une écoute (trop) pleine de révérence et de ce fait légèrement écœurante. On a compris que tu le kiffait pépère maintenant va fumer ta pipe ou dormir ou manger (des événements chroniqués très régulièrement).

L’intrigue de ce premier volume était tout de même assez rondement menée pour avoir envie de terminer le volume et enchaîner avec la suite (la version numérique que j’avais achetée étant faite d’une telle façon que je n’avais pas compris que La lune noire était en fait un autre volume et pas simplement une partie des Lunes de sang). Clairement je n’aurait pas dû la lire aussitôt après le volume précédent au vu des choses qui m’avaient enquiquiné. Les points positifs déjà relevés s’appliquent toujours, mais d’autres points négatifs sont venus s’ajouter aux précédents. Le même ressort d’intrigue que pour le premier volume est utilisé pour créer la tension du bouquin, et si la première fois cela avait bien fonctionné, là j’ai trouvé cela trop téléphoné et d’une évidence incroyable. Même si j’avoue que la révélation et ses implications étaient tout de même émouvante et fonctionnaient bien avec l’évolution du personnage de Holmes. Je ne suis pas non plus une grande fan des grands méchants psychopathes et des allers et retours entre : allez on va le tuer, oh zut il s’est échappé et rebelote le lendemain.

Il y aurait d’autres choses à relever, mais cela est suffisant je pense pour se faire une idée de ce que j’en ai pensé (cela m’a même demandé deux pages dans mon carnet de lecture !). Lire le troisième volume n’est pas hors de question, mais pas tout de suite c’est certain. Peut-être que ça t’intéressera Cécile.