Les nouvelles du monde n’étaient pas pires que d’habitude

dit Sylvain Tesson dans Sur les chemins noirs. Hm. Il va falloir qu’on s’accorde sur le fait d’être en désaccord sur ce coup coco. Quand les titres des infos sont : chute de l’économie mondiale, Donald Duck président, Poutine content, j’ai du mal à relativiser.
Mais justement parce que lire est à mon avis une très bonne manière de sortir de ce cercle incessant des infos et de la déprime, et aussi un parfait moyen d’apprendre à connaître l’autre pour oublier la peur et les préjugés, j’ai envie de vous parler des trois derniers trucs que j’ai lu. C’est court, ça permet de souffler après avoir révisé pour la fac, alors en avant.

123

  Ces lectures ont été entrelacé sur deux semaines avec en fil conducteur Tesson. Tesson que j’ai acheté à la librairie de la gare quand j’ai vu qu’il avait publié un nouveau bouquin. Après avoir fait une chute l’auteur se retrouve à l’hosto pendant un long moment et se promet de traverser la Franc à pied s’il peut jamais s’en remettre. Il s’en remet assez et va marcher.
J’ai lu les deux précédentes publications de Tesson, Dans les forêts de Sibérie et Bérézina. Tous deux des récits de voyage, tous deux avant son accident. Voir l’évolution de ses idées, ses réflexions sur ces deux titres m’avait plu et a fortiori de les avoir lu avant Sur les chemins noirs, j’ai pu voir le changement opéré par cet accident. Si l’on retrouve la plume de Tesson que l’on aime, et ses réflexions sur la solitude, la marche, etc. j’ai trouvé qu’il mélangeait quand même pas mal de choses dans un petit ouvrage et qu’au final sa voix semblait parasitée par touts les informations connexes qu’il avait voulu coller là. Cependant ce pourquoi je pense que son ouvrage est très adapté à cette semaine est sa réflexion sur l’info en continu, les technologies qui ne laisse pas le loisir de penser, de s’ennuyer, de regarder.
Ce n’est certes pas mon préféré, mais il m’a rendu très nostalgique de mes randonnées galloises où le seul but était le silence, les moutons, la marche.

  Deuxième titre de littérature égyptienne de cette année, je suis très contente d’avoir découvert Naguib Mahfouz que je ne connaissais pas du tout et qui est de surcroît prix Nobel de littérature.
Karnak café se déroule en Égypte après la révolution de 1952 et est centré autour d’un café et d’un groupe d’étudiants qui va se retrouver au cœur des manœuvres policières censée protéger leur liberté. Arrestation, torture et comme le dit un fonctionnaire : «Toute erreur est pardonnable, mais la négligence est inexcusable.»
L’écriture m’a fait penser à celle de Tesson. Les réflexions sur les libertés et sur ce que l’on est prêt à accepter pour garder son confort et ne pas confronter le pouvoir en place m’a vraiment beaucoup touché. Je me suis sentie coupable pour toutes les fois où je me suis indignée avec des ami.es, mais où les mots n’ont jamais guidé les gestes et les actions. J’ai aussi appris à découvrir l’histoire d’un pays que j’ignorais totalement et qui permet de se débarrasser de vieux relents de racisme institutionnalisé et d’idées fausses. De voir les réflexions du narrateur qui auraient très bien pu être les miennes, je me suis sentie proche de mes frères et sœurs humain.es de ce coin du monde.

  Dans la série, j’apprends des choses sur une histoire que je ne connais pas et je découvre l’importance d’étudier différents points de vue pour être une meilleure personne, j’ai nommé En Syrie de Joseph Kessel. Tout d’abord j’ai eu un énorme coup de cœur pour l’écriture de Kessel. Révélation qui n’est pas sans me rappeler, encore une fois, Tesson. C’est doux, c’est beau, c’est légèrement désuet. Bref foncez.
Comme je ne risque pas d’aller en vacances en Syrie incessamment sous peu, j’ai été contente de la découvrir à travers les yeux de Kessel dans les années 20. Le mandat français sur le pays conduit à des conflits armés, Kessel voyage de villes en villes, suit des soldats, rencontre des gens de la population, raconte ses impressions, donne ses réflexions. J’ai été passionnée par ce récit composé de courts chapitres et encensant certains soldats français faisant régner l’ordre. Voir Kessel se sentir partie de la fraternité des soldats et saluer leur travail est historiquement très intéressant, mais en même temps pouvoir se demander la validité d’une telle occupation, d’une telle autorité de la part de la France est très salutaire quant à la situation actuelle.
Du coup j’ai quand même vachement envie de me documenter sur l’histoire de la Syrie et les autres bouquins de Kessel.

Un article dix jours seulement après le précédent, mais c’est presque noël !

« Une seule chose était acquise, on pouvait encore partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s’engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre, et on pouvait couronner ces heures de plein vent par des nuits dans des replis grandioses.
Il fallait les chercher, il existait des interstices.
Il demeurait des chemins noirs.
De quoi se plaindre ?» Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson (2016)

Publicités

7 réflexions sur “Les nouvelles du monde n’étaient pas pires que d’habitude

  1. Je note le livre de Mahfouz pour la bibliothèque parce qu’il est court. J’avais une copine qui m’avait conseillé La trilogie du Caire pour commencer avec l’auteur. Mais c’est trop long pour moi en ce moment.

    J'aime

  2. C’est un bien bel article que tu nous as pondu là 🙂 Ca fait du bien de te relire car c’est toujours avec beaucoup de justesse que tu parles de ton ressenti sur tes lectures !
    Je serai curieuse de lire le livre sur la Syrie car justement, je ne connais rien de ce pays si ce n’est ce qu’on en dit actuellement. Agatha Christie évoque succinctement son séjour en Syrie dans « La romancière et l’archéologue » que tu as lu aussi ^^
    Tesson est ton grand coup de foudre littéraire de ces dernières années 🙂

    J'aime

  3. Coucou ! Je viens de tomber sur ton blog via Aurélia de Ma Lecturothèque. Je suis complètement d’accord avec toi sur la « randonnée galloise où le seul but est le silence, les moutons, la marche. »(écossaise la marche pour moi 😉 ) Après avoir lu Dans les forêts de Sibérie, j’ai feuilleté Sur les Chemins Noirs à la librairie mais j’ai hésité à le prendre. Le fait que le récit se déroule en France me dérange un peu….A voir donc. Je continue de me promener sur ton blog. 😉 A bientôt ! Maéva

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s