Let’s think of things in themselves

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Ça été deux semaines un peu bizarres.
J’ai écrit la dernière page de mon journal de voyage et j’ai découvert pleins de trucs. Parfois il peut se passer un mois sans que quelque chose d’enthousiasmant mentalement parlant arrive, et là en quelques jours je suis tombée sur deux-trois livres qui m’ont chamboulé et la meilleure série documentaire que j’ai jamais vu. J’ai presque envie de freiner mes prochaines lectures pour ne pas briser l’enchantement qui s’est abattue sur moi. Tous ces trucs bien d’un coup, c’est suspect non ?
Benoîte Groult est décédée, le référendum en Grande-Bretagne. Pas de rapport avec la choucroute ? Un peu si. Ah oui et j’ai regardé Star Wars VII: The force awakens.

Mais prenons le début par le commencement.
J’ai emprunté Ainsi soit Benoîte Groult à la bibli. Je cherchais une bonne grosse BD pour célébrer mon retour en France et ma première visite à la bibli. et je suis tombée sur celle-là. De Catel (et Bocquet) j’avais déjà leur biographies illustrées (leurs BD biographiques ?) sur Kiki de Montparnasse et Olympe de Gouges alors j’ai naturellement été curieuse de lire celle-là surtout que je n’en n’avais jamais entendu parler. Benoîte Groult j’avais essayé une fois de lire son bouquin emblématique Ainsi soit-elle mais je n’avais pas accroché, et je peux vous dire que maintenant c’est le prochain truc que je vais acheter.
Si vous ne l’a connaissez pas, c’était une écrivaine féministe qui avait soufflé ses 96 bougies cette année et qui a écrit pleins de trucs intelligents et qui a révolutionné la vie des femmes. Catel c’est une autrice aussi, mais dessinatrice plutôt, et en se rencontrant pour un article, une amitié se noue et l’idée de ce livre est née. Au fil de leurs rencontres, Groult évoque son enfance, son adolescence et comment elle a progressivement été engagée dans le féminisme. Comment elle a modelé sa propre pensée et comment elle a finalement osée en faire part au monde.
Pour moi, les biographies sont devenues au fil des années comme des friandises. Une parenthèse dans mes lectures habituelles pour plonger dans la vie quelqu’un.e de complètement différent.e et essayer d’ouvrir mon esprit à d’autres modes de vies, pensées, etc. Contrairement aux romans qui sont en général assurés d’avoir une certaine continuité et logique, une vie n’en n’a pas et bizarrement d’en découvrir d’autres que la mienne m’aide à me réconcilier avec ce fait.
Alors ouvrir un bouquin avec une ardoise vierge, en m’autorisant à ne pas juger, m’a permit de découvrir, fascinée, la vie des parents de Benoîte, de la sienne, de ses enfants. Découvrir ses opinions (« La BD ce n’est pas de la littérature » etc.) et ses choix et ce qu’elle avait fait de sa vie. Je me suis sentie terriblement impressionnée par ses prises de positions et inspirée aussi. Je me suis rendue compte cette année que je ne veux rien d’autre que d’étudier plus avant le féminisme, l’histoire des femmes, et cette BD m’a encore plus emballé dans ce projet. Les dessins sont chouettes aussi, et avec la longue vie de Benoîte on peut traverser le 20e et le 21e siècle et voir l’évolution des droits des femmes, des opinions, des modes de vie.
Bref c’est vraiment chouette et ça vous donne envie de lire tellement d’autres choses.

« L’anomalie dans la langue souligne l’anomalie dans la société. Chercher à féminiser n’est pas un caprice mais un besoin d’intégration sociale. Il paraît que le langage évolue de lui-même, sans recommandations, FAUX ! La langue française n’a jamais cessé d’être codifiée, rectifiée. »

On pourrait penser que j’ai eu envie de lire A room of one’s own (Une chambre à soi) à cause de cette BD. Mais en fait il était sur ma liste de bouquins à lire pour préparer mon sujet de mémoire et je suis finalement rentrée dedans ! J’avais essayé plusieurs fois au cours des années précédentes de le lire, et j’avais soit été perturbée par la trad. française, soit complètement mise sur la touche par l’anglais. Parce que si lire Mrs Dalloway dans le texte avait été un compliqué, ce n’est rien comparé à A room of one’s own. C’est aussi maintenant pourquoi je suis fière d’avoir finalement réussi à le lire, même si j’ai dû fournir plus d’effort qu’avec mes habituelles lectures en anglais.
Basé sur le textes d’une série de conférences données dans deux universités alors réservées aux femmes à Cambridge, Woolf explore dans son essai le sujet des femmes et de la fiction. Des autrices, des femmes telles qu’elles sont représentées dans les romans, des conditions nécessaires pour pouvoir produire une œuvre, des réactions face à de telles actions. Ce qui fait la force et la tristesse de ce texte c’est que pratiquement 100 après son écriture la plupart des thèmes sont encore pertinents concernant la femme dans la société. Bien sûr beaucoup de choses ont été gagné en terme d’égalité, mais beaucoup sont encore à obtenir et de lire cela sous la plume de Woolf, en imaginant le contexte des années 30 est assez stupéfiant. Surtout que tout ce dont elle parle, de chercher à savoir comment vivaient les femmes au fil des siècles et comment cela a pu influencer leur production d’œuvres d’art semble être ce qui se fait maintenant dans le domaine universitaire alors qu’elle y avait pensé dans les années 30 !
Ce qui fait la complexité de ce texte c’est que Woolf ne se contente pas de produire un essai avec thèse, antithèse, synthèse, elle mêle son écriture si mélodieuse, ses virements de pensées au fil de ses réflexions tout en inventant des exemples, faisant des retours en arrière, introduisant de la fiction (la narratrice serait un personnage différente de l’écrivaine), mais en en sortant, et tout simplement faisant son truc de façon magistrale comme d’hab. Elle nous balance sa connaissance de la littérature, parle d’homosexualité (« Do not blush. Let us admit in the privacy of our own society that these things sometimes happen. Sometimes women do like women. »), nous alpague, nous fait réfléchir, nous balance toute la réalité du féminisme de nos jours, mais discuté par une femme il y a presque un siècle.

Le courage, l’intelligence, l’humour, la vivacité d’esprit et tout cela dans le style inimitable de Virginia Woolf. Comme si sa petite musique nous portait seule de phrase en phrase et retournait notre univers en une remarque bien ciselée. Quand on l’a lit on se dit « Mais oui, c’est ça ! C’est tout à fait ça ! ». Il y a quelques moments que j’ai trouvé un peu plus mous, ou que je n’ai pas bien compris, mais finalement tout au long de ma lecture j’étais si enthousiasmée et titillée par ses réflexions que j’avais juste envie de sourire et de balancer des citations à tout le monde. Sur chaque page j’avais plusieurs passages soulignés et j’ai même pris des notes dans les marges tellement ses idées m’obligeaient à réfléchir et à penser des trucs.
Bref, j’ai un coup de foudre.

« No need to hurry. No need to sparkle. No need to be anybody but oneself. »

2Pour conclure cet article déjà trop long, parlons de ce documentaire que je mentionnais. J’étais tombée dessus en faisant des recherches pour mon mémoire, et les extraits que j’en avais vu m’avaient donné terriblement envie de le regarder. J’aime l’art, je suis une amoureuse de la peinture et je veux en savoir plus sur les femmes peintres. Je refuse de croise qu’il n’y en a pas plus que les deux ou trois mentionnées si généreusement dans 1000 peintures à voir dans sa vieThe story of women and art est un documentaire en trois épisodes explorant de façon chronologiques les femmes artistes et toutes les circonstances faisant qu’on n’en parle pas, qu’elles n’ont apparemment pas pu produire autant que les hommes et comment celles qui ont réussi ont pu arriver à ce résultat.
Couplé à la lecture d’Histoire de l’art d’un nouveau genre cela permet de remettre les pendules à l’heure, de découvrir des peintres exceptionnelles et me donne envie d’étudier encore plus avant ces sujets. J’ai senti des petites larmes d’émotion et d’admiration en voyant la vie de ces pionnières étalées devant moi et j’ai bien envie de profiter du chemin qu’elles sont tracé pour encore plus s’affranchir de ces préjugés de sexes comme disait Woolf.

« But there is more to art than two dimension. Open your eyes wider and broaden your definition and new worlds of creativity are revealed far beyond the wall of galleries. »

Il y a aussi ce podcast passionnant sur les femmes exploratrices que vous pouvez écouter. Et j’ai aussi beaucoup aimé cette nouvelle de science-fiction avec du paradoxe temporel dedans datant des années 50 : An empty bottle, Mari Wolf.

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3 réflexions sur “Let’s think of things in themselves

  1. Avec quelle tendresse et dévotion tu nous parles de Virginia! ^^ C’est beau !
    J’espère que tu me feras lire la version finale de ton mémoire l’an prochain car je serai trèèèès intéressée par ton sujet !
    J’aimerais bien dénicher la BD quelque part tiens! (quelqu’un l’a emprunté jusqu’au 31/08 dans ma bibli oO comment c’est possible d’emprunter aussi longtemps un ouvrage ?! rhaa! xD).
    Lire ton blog me donne envie de faire des efforts et de reprendre le mien !

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  2. Alors je reviens argumenter davantage mon précédent commentaire car je remarque qu’il n’est pas assez approfondi et pas en rapport direct avec ton article ! (c’est pour cela que je me tapais toujours des sales notes en dissertation et commentaire de texte, c’est parce que j’écrivais des choses ayant peu de rapport avec le sujet à étudier XD)
    Ton interêt pour les droits des femmes à travers les siècles se ressent de plus en plus dans tes billets ainsi que dans nos conversations ! J’aimerais également me documenter davantage sur la question et effectivement, l’illustre Virginia Woolf semble encore être aujourd’hui une figure féministe majeure et toujours d’actualité dans ses idées ! Je pense que j’ai assez tardé à découvrir ses écrits. Il faut que je franchisse le pas prochainement !
    Très bon article qui me fait ajouter des livres à ma wishlist u_u

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    • Si on n’avait seulement pu ajouter des petites notes complémentaires à nos devoirs quand on étaient jeunes ça aurait été cool *soupir*.

      Virginia et moi c’est une grande histoire d’amour et j’en parle encore dans la vidéo de samedi XD L’ingestion que les gens vont faire u_u
      Mon mémoire ne portera pas sur Virginia, même si j’aimerais bien le commencer par une citation du bouquin, mais ce sera avec plaisir que je te le ferai lire si je le trouve pas trop nul XD

      Et oui, j’te conseille la BD, elle est bien cool, et des fois j’ai aussi ces réservations bizarres dans ma bibli. tu te demandes si les gens ont pas donné de l’argent sous la table aux bibli. pour qu’ils leur laisse le livre aussi longtemps.

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